Le libéralisme selon FragBis

Créé le 17/09/2013 - Mis à jour le 12/12/2014

Je me demande au fond si la question du siècle (du moins du 20ème siècle, duquel nous ne sommes pas tout à fait sortis, je trouve : un peu comme quand on délimite le 19ème siècle dans les livres d'Histoire, c'est-à-dire qu'en fait, le 19ème siècle s'arrête en 1914 avec la 1ère Guerre Mondiale et non pas en 1900)... Hmm ! Je disais donc que la question du siècle, c'est "Qu'est-ce que c'est, le libéralisme" ? Les communistes me diront : "t'as qu'à lire Marx !". Ben, j'ai lu et j'ai pas été convaincu. Ach ! Libéralisme mauvais ! Méchant ! Vilain ! Il y a de la corruption : c'est les libéraux ! Il y a de la pollution : c'est les libéraux ! Il y a des putes et du pognon, il y a des libéraux (bon, là j'ironise à peine). Oui mais bon, des putes et de la corruption, les Soviétiques savaient faire aussi. Ils savaient pas faire du pognon... et là, ça rend tout de suite jaloux parce que des bourses pas pleines, ça paie pas les putes. Pour avoir les bourses pleines, il faut être capitaliste (comme un Chinois... ou communiste comme un Américain). Excusez le langage, je sors d'un concert des Bagdad Rodéo.

Pour bien faire la distinction entre capitalisme et libéralisme, il faut bien entendu revenir au sens premier de la racine de ces 2 termes : capital et libéral. La distinction est importante à faire parce que je vous jure qu'il m'est arrivé moultes prises de tête avec d'une part des gauchos butés et caricaturaux et d'autre part, avec des libéraux qui ne savent pas au fond qu'ils sont libéraux (avec cet article, j'espère démontrer que vous êtes bien plus libéraux que vous ne le croyiez).

On dit de quelqu'un qu'il est libéral lorsqu'il se montre (exagérément) généreux. C'est quelqu'un qui aime à donner. Quelqu'un de libéral n'est pas nécessairement capitaliste, mais on suppose que pour donner abondamment, il faut avoir abondamment. On associe souvent le comportement libéral à un comportement noble, princier. C'est un peu l'image du monarque qui circule à cheval dans les rues boueuses en lançant des pièces d'or aux manants.

En économie et en politique, le libéralisme prône l'économie de marché, la concurrence pure et parfaite, le désengagement de l'Etat dans tous les secteurs économiques, l'assouplissement des normes (surtout douanières et marchandes) afin de faciliter le libre échange. Ça fait peu de point communs avec le communisme, d'où l'antagonisme historique entre ces 2 courants. Cependant, ce sont surtout les conservateurs américains qui ont viscéralement lutter contre le communisme et le collectivisme, car cela mettait en péril leur système capitaliste basé sur la notion de propriété privé à la romaine (en opposition à la notion de propriété privée dans un royaume, c'est-à-dire dans un système féodal).

Aux Etats-Unis, les libéraux sont représentés par les démocrates. À notre époque, ils sont désormais largement héritiers des mouvements hippies des années 60 et 70. Cependant, les démocrates ont leurs valeurs contenues quasi intégralement dans les traits de caractère libéral : générosité, indulgence, tolérance, "welfare", noblesse d'âme.

Quant au capital, il est le fondement de l'enrichissement et du rêve américain (qui devient également Chinois ces temps-ci). Il n'y a pas 36 façons de devenir plus riche : il faut accumuler son capital, c'est-à-dire faire augmenter la valeur de son patrimoine (mobilier ou immobilier, peu importe). Par essence, on peut être capitaliste de gauche comme de droite, si on prend le capital dans un sens large. Les communistes anti-capitalistes s'attaquent à un aspect bien particulier du capitalisme lié à la bourgeoisie traditionnelle, héritière des 18 et 19ème siècles, dans une vision (étroite) très largement inspirée par Marx. Aujourd'hui, on appelle "capitaliste" celui qui possède des parts dans une entreprise. C'est celui qui ne travaille pas, mais se contente d'investir de l'argent dans une société pour tirer les bénéfices du fruit du travail des salariés, faisant la fortune des groupes financiers. En vérité, on pourrait aussi considérer qu'à l'instar d'un groupe privé, toute la société civile peut viser à accroître la valeur de son patrimoine commun et de manière assez égalitaire, sans avoir des réactions allergiques en entendant le mot "capital". Après tout, lorsque l'Etat prend des parts dans un grand groupe et devient actionnaire majoritaire, l'Etat devient capitaliste alors que d'un côté, ça plaît pas aux libéraux parce que c'est contre leurs idéaux que l'Etat s'immisce dans l'économie et d'un autre côté, ça n'aurait pas dû plaire aux communistes de voire l'Etat devenir capitaliste à la place des capitalistes privés. Mais les communistes ont aussi une réaction allergique quand ils entendent le mot "privé".

Aux Etats-Unis, le rapport avec l'enrichissement ne fait pas vraiment de débat (en tout cas, pas comme ici). Il paraît évident aux yeux de tous que l'on cherche à faire fortune de son côté. La richesse passe par un plus ou moins long travail d'accumulation de capital ou si on a la chance de toucher le jackpot. La lutte (des classes) se situe plutôt dans une traditionnelle opposition entre "insiders" (les conservateurs héritiers des plantations esclavagistes, les premiers colons exploitants de pétroles à la Rockfeller etc.) et "outsiders" (les immigrés qui veulent faire fortune ou au moins, avoir un titre de séjour pour travailler, les jeunes issus de couches sociales défavorisées).

Dans les faits, vous me direz que c'est pareil en France, mais nos idées de gauche nous invitent tout de même à considérer notre bien-être avec des considérations plus collectives, notamment avec la notion de sécurité sociale. De plus, on discute plus volontier de la part de richesse que prennent les capitalistes par rapport aux travailleurs. Ce que nous ne devrions pas foncièrement regretter.

Avant qu'on m'accuse de vouloir faire l'apologie du libéralisme, je me dois de faire un premier hola. Attention ! Comme j'estime que l'extrême majorité des Français sont libéraux sans le savoir, je me dois donc de présenter le libéralisme dans les aspects qui l'ont rendu si puissant et influent. L'une des tendances libérales qui s'est rendu ultra populaire, c'est la vague hippie qui a même fini par surpasser en France-même la tendance "mai-68" qui s'y est confondue. Qui se rappelle des ouvriers grévistes ? On se rappelle plus des étudiants à la Conh-Bendit, des pantalons patte d'éph' et des fornications à Woodstock qui ont sauvé le Viet Nam. Ça fleurait bon la puissance des couronnes faites de marguerites, la gentillesse, la douceur, la tolérance, l'indulgence, l'indignation contre l'autoritarisme conservateur et le partage de drogues dures. C'était le bien.

Alors pourquoi les cocos fustigent-ils toujours les libéro-capitalistes ? Les gauchistes nous présentent toujours le libéralisme comme le Mal alors qu'ils sont aussi de nos jour les héritiers des baba-cools, indulgents, fornicateurs et fumeurs de cannabis ? Pourquoi on les voit froncer les sourcils en pointant les capitalistes du doigt : "non, c'est eux les méchants qui ne nous donnent rien !".

Pourtant, être libéral, ce n'est pas seulement être un capitaliste qui profite de la loi du marché. Le libéralisme possède 2 aspects opposés qui se complètent :

  1. il faut ceux qui sont trop indulgents pour être capable de faire respecter des règles
  2. il faut ceux qui profitent de la dérégulation et du laxisme pour baiser tout le monde

Il serait stupide de croire que les libéraux voulaient un système sans foi ni loi, à plus forte raison que le libéralisme est né dans un milieu chrétien (comme l'essentiel des courants occidentaux) et monarchique (la Grande Bretagne, c'est pas une république, faut-il le rappeler ?). Il a été pensé pour permettre au plus grand nombre de moins subir l'immobilisme socio-économique de l'Ancien Régime ou bien de diluer le pouvoir abusif des premières fortunes coloniales et sulfureuses du Nouveau Monde. Ce pourquoi j'estime que cela a permis un meilleur rééquilibrage des pouvoirs et des richesses en Amérique du Nord, comparé à l'Amérique Latine. On a toujours l'impression que de nombreuses régions d'Amérique Latine possèdent encore ces grands propriétaires terriens qui font la loi sur leur domaine immense, à l'instar des ranches aux Etats-Unis. Cependant, les Nords-Américains ont leur économie qui ne repose que faiblement sur la production agricole.

Il fallait casser les règles conservatrices, mais un système qui ne sait pas se faire respecter ne peut profiter qu'aux plus enculés (excusez-moi encore pour le langage, mais c'est encore de la faute des Bagdad Rodéo).


FragBis

Commentaires

Pour commenter mon propre article, je dirais qu'il y a trop de gros mots mais que c'est pour la bonne cause. Je pense d'ailleurs qu'en tant que "super-admin", je ne tolèrerai moi-même l'usage de gros mots qu'en des cas particuliers et si j'ai confiance en son auteur.
FragBis - 17/09/2013 18:08:52
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